Robert Capa au cœur des combats

Publié le par Amelie Meffre

Robert Capa au cœur des combats

Le musée de la Libération de Paris propose jusqu’au 20 décembre « Robert Capa, photographe de guerre ». Un focus qui retrace le parcours du grand photographe, ses engagements professionnels comme politiques et expose une soixantaine de ses images. Une remarquable exposition à ne pas manquer.

Robert Capa fut une légende à plus d’un titre. A commencer par son nom aux consonnances américaines imaginé par sa compagne Gerda Taro (en réalité Gerda Pohorylle née en 1910 à Stuttgart) pour mieux vendre ses photos à la presse. Il s’appelait en réalité Endre Friedmann. Né le 22 octobre 1913 à Budapest (Hongrie) dans une famille juive, il rejoint Berlin en 1931 et réalise ses premiers reportages. Avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il fuit l’Allemagne pour Paris. Il couvrira les grandes heures du Front populaire, photographiant en juin 1936 des employés des Galeries Lafayette en grève sur la terrasse de l’immeuble ou immortalisant la manifestation à la Bastille du 14 juillet par le cliché d’un enfant portant le drapeau français juché sur les épaules de son père. Pendant ce temps-là, un putsch militaire menace la République espagnole.

Sur le front espagnol
Antifascistes, armés de leurs appareils photo et de leurs pseudonymes, Robert Capa et Gerda Taro partent couvrir les combats en Espagne, tout comme David Seymour dit Chim. Les voilà aux côtés des républicains espagnols sur les fronts d’Aragon ou de Cordoue couvrant les combats mais aussi la détresse des civils.
Le 26 juillet, Gerda meurt après avoir été écrasée par un char. Le 1er août, des milliers de personnes se rassemblent pour son enterrement au Père-Lachaise. La carrière de Capa décolle. Après avoir collaboré au magazine « Vu », il est salarié du journal communiste « Ce soir » nouvellement créé. Certains de ses clichés font le tour du monde comme celui d’un soldat républicain fauché par les balles, publié par « Life » aux Etats-Unis. Si la photo symbolise la fragilité de la République, il semblerait qu’elle fut prise lors d’un exercice.

Robert Capa au cœur des combats

Vers les plages du débarquement
Avec la déclaration de guerre, Robert Capa reprend le chemin de l’exil vers les Etats-Unis avant de repartir sur le terrain aux côtés des troupes alliées. En 1943, il est en Afrique du Nord, puis en Sicile pour remonter jusqu’à Anzio, près de Rome. Poignante photographie que celle d’un paysan sicilien indiquant à un soldat américain la direction prise par les Allemands.
Bientôt, il regagne la France pour couvrir le Débarquement, accrédité pour « Life », à bord de l’USS Chase. Débarquant au matin du 6 juin 1944 avec les troupes américaines sur les plages d’Omaha Beach, il arrive à prendre dix photos alors que les tirs allemands font rage. Bien que floues, elles nous plongent au milieu de la bataille.
Ses images de la Libération sont emblématiques. Certaines peuvent être amusantes comme celle d’un bambin le doigt dans le nez perché sur un char pendant le discours du général de Gaulle après la libération de Chartres. D’autres beaucoup moins comme « la tondue de Chartres », prise le 16 août 1944. Devenue symbole de l’épuration, la photo montrant une femme tondue tenant un bébé dans ses bras, encerclée par la foule, deviendra objet d’études. Il s’avèrera que Simone Touseau, adhérente au Parti populaire français de Jacques Doriot, fut condamnée pour délation. 
Robert Capa fut aussi un des témoins clés de la libération de Paris. Entré dans la capitale le 25 août 1944 à bord d’un véhicule de la 2e DB, il suit les combats des résistants, planqués au pied de la tour Saint-Jacques ou derrière une jeep, rue Saint-Dominique. Trouvaille du musée, des images tournées par les cameramen américains, nous montrent Robert Capa au milieu des affrontements et c’est poignant.

Robert Capa au cœur des combats

Mort prématurée
En 1946, le beau « Bob » est célèbre. Il obtient la nationalité américaine et le général Eisenhower le décore de la Medal of Freedom (médaille pour la liberté) en 1947. Devenu photographe de cinéma et de mode, il crée l’agence Magnum à New York, avec des photographes reconnus tels Henri Cartier-Bresson, Chim ou Maria Eisner. Grâce à l’agence, chaque photographe reste propriétaire de ses images et contrôle leurs utilisations. Mais les conflits continuent et dès 1948, Capa repart sur les champs de bataille, notamment en Israël à trois reprises. Puis en 1954, il accepte de couvrir la guerre d’Indochine auprès de l’armée française pour « Life », même s’il désapprouve le conflit. Le 25 mai, il photographie les soldats dans un champ, marche sur une mine et meurt. Robert Capa avait quarante ans.
On ressort de l’exposition plein d’admiration pour ce photographe de guerre hors pairs dont les images prises sur le vif nous font revivre les événements marquants de la première moitié du XXe siècle.

« Robert Capa, photographe de guerre », jusqu’au 20 décembre au musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin, 4, av. du Colonel Henri Rol Tanguy 75014 Paris.

Publié dans Articles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article