Michèle Audin : une passeuse passionnante
Mathématicienne, écrivaine, oulipienne, Michèle Audin était tout ça à la fois et même historienne. Ses travaux sur l’Algérie coloniale ou sur la Commune sont précieux. Elle nous a quittés le 14 novembre 2025 à 71 ans. Aujourd'hui à 19h30, jour anniversaire de la Commune de Paris, un hommage à Michèle Audin est organisé à la librairie Libertalia de la Maison des Métallos.
« Je n’avais jamais imaginé écrire l’histoire des colons de Berbessa - je ne les vois pas descendre de moi. Mais, et je n’y peux rien, je descends aussi d’eux. Ainsi sont mes ancêtres : une ouvrière en soie, une repasseuse, et des colons. » En janvier, un dernier livre de Michèle Audin paraissait aux éditions de l’EHESS, deux mois après sa disparition : « Berbessa. Mes ancêtres colons ». C’est en partant de sa trajectoire singulière qu’elle nous transmet une fois encore l’histoire. Celle de la colonisation de l’Algérie qu’elle avait entamée avec son magnifique récit : « Une vie brève » (Folio, Gallimard), sur les traces laissées par son père Maurice Audin, assassiné par l’armée française le 21 juin 1957. Il avait 25 ans et un bébé de six mois. Elle y écrivait : « Ma naissance a été un des premiers « accouchements sans douleur » à Alger, il l’avait « préparée » avec ma mère, il n’a pas attendu dans le couloir en fumant nerveusement des cigarettes, il a « participé », au point, dit ma mère, qu’il a vu le bébé avant elle ».
Mathématicienne comme son paternel et sa mère Josette, elle fit avancer la discipline dont elle dressa l’histoire à travers des biographies de confrères importants. Et une consœur de choix : la mathématicienne russe Sofia Kovalevskaïa. Elle présidera d’ailleurs l’association Femmes et mathématiques en 1990 et 1991.
La Commune au féminin
Michèle Audin jonglait brillamment avec les théorèmes comme avec les mots. Son écriture était libre, mêlant sujets pointus, anecdotes et pastiches. Ce n’est donc pas un hasard si elle devint membre de l’Oulipo (l’Ouvroir de littérature potentielle), un groupe de recherche œuvrant pour moderniser le langage à travers des jeux d’écriture. Autrice de nombreux récits et romans, elle écrivit également plusieurs ouvrages sur la Commune et notamment sur les femmes lancées dans la bataille. Ainsi, elle redonne vie à Alix Payen (1842-1903) qui s’engage à 29 ans dans le 153e bataillon de la garde nationale comme ambulancière et infirmière, en rassemblant sa correspondance.
Des travaux qu’elle mettait en partage sur son formidable blog consacré à l’événement. Elle y faisait état de ses enquêtes avec un sens aigu des sources. Citant l’historienne Edith Thomas, l’écrivaine Gilette Ziegler ou le journaliste communard Lissagaray, elle nous replongeait au cœur d’une barricade tenue par des femmes. « Place Blanche, les militantes n’ont pas attendu les ordres. Dans la nuit, elles ont construit elles-mêmes leur barricade et la défendent. Elles sont environ 120, toutes armées de fusils…»
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