Giovanna Rincon : au nom de l’égalité
Née en 1969 à Bogotà (Colombie), Giovanna Rincon milite pour les droits des personnes trans, séropositives et prostituées dès son arrivée en France. Elle a fondé l’association Acceptess-T et siège au conseil d’administration de Sidaction. Elle signe « Moi, Giovanna » (Grasset) où elle raconte son parcours de combattante. Sacré témoignage !
Giovanna Rincon, figure de la lutte pour les droits des personnes trans, a fondé sept ans après son arrivée en France, en 2010, l’association Acceptess-T (T pour transgenres) qui est devenue une référence européenne sur leur accompagnement. « Raconter ma vie fait partie du job », écrit-elle. Sauf que jusqu’ici, elle commençait le récit à ses vingt ans quand elle a découvert sa séropositivité. Dans « Moi, Giovanna. Une enfance trans à Bogotà » écrit avec Stéphanie Malphettes, journaliste devenue psychothérapeute, elle remonte à son enfance en Colombie où elle est née en 1969.
Dès ses cinq ans, elle se sent fille dans un corps de garçon. Rien n’y fait, ni les larmes de sa mère, ni les moqueries des gamins, ni les coups. « Par amour pour ma mère, par crainte de mon père, je me suis glissée par effraction dans le monde des garçons. » Ça ne dure pas. Elle a beau se forcer à rouler des mécaniques, la fille qu’elle est, étouffe. On suit le combat de la jeune Giovanna à Bogotà dans une famille où on ne mange pas à sa faim, où la mère et les enfants travaillent dur pour faire tourner la cordonnerie d’un père alcoolique et tyrannique. « Il nous humiliait, nous terrorisait, faisait de nous des cafards qui tentaient de disparaître entre la plinthe et le parquet. »
Escapades vitales
A l’approche de la puberté, Giovanna se maquille et s’habille en fille chez Yuri l’après-midi avec Veronica et Paola. Écoute les tubes de Prince et de Michael Jackson. Chipe les plaquettes de pilules de sa mère pour se faire pousser les seins. Les coups paternels pleuvent. « Un coup de poing dans le dos, un coup de pied dans la cuisse. Puis mon frère l’a rejoint. Ils allaient me tuer. » Giovanna a 12 ans et s’enfuit. Elle atterrit chez Arturo qui tient un restaurant, organise clandestinement la nuit des soirées gay et héberge des ados rejetés par leurs parents parce que trop efféminés. On suit son combat, ses allers-retours dans la maison familiale, la création de son salon de coiffure jusqu’à son départ pour l’Italie où elle se prostitue. Les descentes musclées de la police, les guet-apens… Puis c’est l’arrivée en France en 2003 et le début de son militantisme. Un engagement exceptionnel pour lequel elle reçoit le 25 juin 2025, la médaille d’honneur du Sénat. Quelle femme !
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