Les couleurs du combat

Publié le par Amelie Meffre

Alors que le noir et le blanc dominent dans une ambiance de plus en plus binaire, le musée de l’Histoire vivante de Montreuil nous offre un feu d’artifice qui va durer longtemps dans ce lieu ô combien précieux.

Les couleurs du combat

Rouge, jaune, violet, orange, jaune… Les couleurs se multiplient au gré des courants syndicaux ou sociétaux et de leur évolution dans le temps. La première saison de l’expo « Couleurs, histoire du travail et des luttes » au musée de l’Histoire vivante de Montreuil démarre par le noir. En éclairant, avec l’aide du Centre historique minier de Lewarde (Nord), les travailleurs de la mine : leurs « gueules » comme le charbon. Dans le même temps, les cheminots servent de loco tout au long du parcours grâce aux prêts de l’Institut d’histoire sociale CGT qui leur est dédié. L’anarchie a, quant à elle, une salle dédiée.
Archives nationales, départementales et municipales ; prêts de Ciné Archives, de la bibliothèque Marguerite Durand, de FO, de la CFDT ou des musées Charles de Gaulle et Jean Jaurès… Tout le monde s’y est mis pour nourrir les salles d’objets divers (drapeaux, bannières, affiches) et les coups de projos sur les teintes déclinées. « Autant de symboles que de nuances : l’exposition retrace deux siècles d’usages de la couleur dans les luttes sociales, politiques et syndicales, et dans le monde du travail dont nous analysons les liens et les convergences », explique Thomas Le Goff, directeur du musée.

 

Carte postale, début XXe siècle, coll. musée de l'Histoire vivante.

Carte postale, début XXe siècle, coll. musée de l'Histoire vivante.

Des étendards en perpétuelle évolution
« Le bleu n’aime personne/ Il s’en fout et il cogne/ Quand il se fout en rogne. Non c’est le rouge (…)/Non le rouge n’aime personne (…)/ Et le rouge couleur passionnelle/ô le bleu couleur du ciel... » La chanson « Punk 103 » de Catherine Ringer pourrait être la bande-son de l’expo qui colore les luttes et les courants en perpétuel mouvement. Noir pour démarrer donc, puis Bleu comme les tenues des ouvriers et Orange comme celles plus actuelles, le Rouge emblématique du partage… Le Bleu-Blanc-Rouge fait-il partie du monde ouvrier ? interroge une partie de l’expo quand une autre fait place au Jaune en référence aux traitres comme aux gilets de la colère. L’Arc-en-ciel, lui, décline les luttes féministes ou LGBTQIA+…
« Pensée dans une logique collective et participative, l’exposition se construit à partir de la diversité des regards qui l’ont façonnée. Chercheur·euses, artistes, syndicats, musées nationaux et particuliers se sont rassemblés pour donner vie à une proposition plurielle et originale. »
La fin du parcours est consacrée à une interrogation de taille : quelle couleur prendra le mouvement social au XXIe siècle : celle de l’éclatement ou de la convergence ? Décidément, le musée de l’Histoire vivante de Montreuil porte bien son nom !

Les couleurs du combat

Des unions et des regards 
On pourrait ajouter à la palette déployée au rez-de-chaussée, les couleurs apportées par les étrangers. Au premier étage du musée, un autre parcours les évoque jusqu’à fin février. « Tous Unis. Travailleurs immigrés en luttes et en affiches, 1968-2000 ». En partenariat avec le Musée national de l’histoire de l’immigration, une vingtaine d’affiches rappelle leurs luttes et questionne les liens souvent méconnus entre immigration, travail et syndicat. Figurent aussi des créations artistiques réalisées par des jeunes dans le cadre d’ateliers menés par le musée sur le thème de la lutte contre les discriminations avec le collectif d’artistes Grève-Cœur. 
Ici, tous les publics sont les bienvenus. Jeunes ou plus vieux, ils peuvent même s’inscrire à un séminaire qui court sur un an, consacré au magazine « Regards », né en 1928. Une belle brochette d’historiens nous racontera les coulisses du canard avec ses plumes mais aussi son traitement de la paysannerie, de la ville, de la guerre d’Espagne ou de la Guerre froide.

Des spots bien dirigés pour respirer dans le climat délétère qui pollue de plus en plus l’atmosphère.

 

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