Nos télés nous régalent

Publié le par Amelie Meffre

Festin royal sur nos écrans pour finir l'année en beauté : une féerie théâtrale à la gloire des révoltés avec « Kaldûn » et un "Choeur de rockers" cinématographique inspiré par une sacrée chorale dunkerquoise.
Champagne !

"Kaldûn" // Crédit : Christophe-Raynaud-de-Lage//

"Kaldûn" // Crédit : Christophe-Raynaud-de-Lage//

« Trois révoltes majeures en moins d’une décennie sur le territoire français. 1878 : la révolte kanak, 1871 : la Commune de Paris et trois jours plus tôt : la révolte algérienne plus connue sous le nom de révolte des Mokrani. » Le dramaturge et metteur en scène Abdelwaheb Sefsaf, tout de noir vêtu plante la période. Le rideau peut s’ouvrir pour un voyage détonnant, porté par quinze artistes - neufs musiciens, cinq comédiens et un danseur-slameur kanak.
On visite un zoo humain à Paris lors de l’exposition coloniale qui flatte le goût pour l’exotisme et le racialisme. Deux « spécimens kanak » sont en cage. Un écriteau prévient : « Ne pas donner à manger, ils sont nourris ». Des « sous-hommes » qu’on retrouve en Nouvelle-Calédonie en pleine colonisation française démarrée en 1853. « Tu vois les arbres de là à là-bas ? Et ben tout ça maintenant, c’est chez moi./Pourquoi ?/Parce que je suis Blanc. »
Nous voilà maintenant à l’entrée de la Casbah de Bejaïa, les artistes portent les habits traditionnels et les instruments qui vont avec. Aziz est parmi les révoltés algériens que le pouvoir colonial français déporte en Nouvelle-Calédonie. On suit son exil. La musique orientale nous happe, les images projetées et le décor qui se transforme à souhait nous embarquent.
Il est des spectacles qui vous scotchent sur place. « Kaldûn » en fait partie, convoquant tous les arts pour une épopée grandiose que nous offre France TV en replay.

« Chœur de rockers »

« Chœur de rockers »

Le film d’Ida Techer et de Luc Bricault « Chœur de rockers », génialement interprété par des pointures telles Andréa Ferréol, Myriam Boyer, Anne Benoît ou Bernard Le Coq, Arte nous le propose en boutique pour 2,99 euros. Il s’inspire de l’histoire des Salt and Pepper, rencontrés pour "Vie nouvelle", il y a trois ans.
Le 3 janvier 2023, me voilà en gare de Dunkerque pour assister à leur répétition hebdomadaire à la salle polyvalente des Glacis. Le soleil comme les mouettes sont de la partie. Longeant le Quai des Hollandais et traversant le canal Exutoire, j'arrive à proximité de la salle vers laquelle trois, quatre choristes s’acheminent. La veille, j'avais vu le film et donc reconnu José qui y a participé. Je peux donc me présenter et leur emboîter le pas. Annie, bien que malade, est venue expliquer son absence aux membres. Après avoir travaillé dans une banque où elle a bataillé pour la révision de la convention collective - elle est toujours syndiquée à l’UL CGT de Roubaix où elle a eu des responsabilités -, Annie est devenue prof d’anglais, un rêve de jeunesse, baignée dans le rock. Quand la chorale s’est montée, elle a foncé et a monté un atelier pour aider ses collègues à dompter les paroles des Pink Floyd, des Queens ou des Beatles.

Nos télés nous régalent

Penser à la bouche de Mick
Dans la salle, tandis que Philippe Lanoote, président de l’association et Nathalie, la cheffe de chœur, installent le matériel (micros, ordinateur, synthétiseur), les choristes se souhaitent la bonne année en hésitant à se faire la bise avec les virus qui circulent. Après qu’Annie ait expliqué son pépin de santé et qu’une dizaine de collègues lui a donné l’accolade, que Francine ait remercié les signataires d’une pétition orchestrée par Amnesty International, Philippe fait le point sur les rendez-vous à venir. La semaine prochaine, 8 candidats viendront à la répétition, le 22 janvier, concert et projection du film à Merville (Nord), les 27 et 30, concerts pour les vœux des maires de Petite-Synthe et de Malo-les-Bains, le 10 mars, dilemme entre deux scènes…
Aujourd’hui, Nathalie leur fait bosser « Miss you » des Rolling Stones dont Marie est une fan de la première heure. Les choristes sortent les paroles, crayon en main pour les annoter. Chanter en rythme, trouver le feeling, rester attentifs. « Arrêtez de parler, nom d’une pipe ! Pensons à la bouche de Mick Jagger ! » Nathalie leur a fait travailler le morceau pendant une heure qu’ils continueront à bûcher chez eux une semaine durant. Place aux Queens et à « We will rock you ». Là, ça démarre au quart de tour, les choristes chantent, se déhanchent, battent des mains et lèvent le poing. On est bluffé. Ils ont rodé le morceau en concert, même s’ils doivent encore affiner leur chorégraphie. Nathalie qui a l’âge de leur fille est exigeante. Elle termine la séance par un exercice de respiration. En attendant, nous nous sommes pris un sacré bol d’air face à la trentaine de retraités à l’accueil chaleureux et à la frite hautement communicative.

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