Les Mécanos : une polyphonie festive et combative

Publié le par Amelie Meffre

Crédit : Wilfried Marcon//

Crédit : Wilfried Marcon//

Ils sortent leur premier album - « Usures » - et sont en tournée jusqu’à l’automne. Ces dix chanteurs percussionnistes stéphanois reprennent et réinventent les chants de lutte en occitan et en français.
Les Mécanos ? Un plein de vitamines garanti !

Musicien de formation, Sylvère Décot avait envie de chanter en occitan, la langue de ses grands-parents. On lui a alors parlé d’un groupe de copains du côté des Monts du Pilat qui bringuaient en reprenant des chants traditionnels du coin. Il les a rencontrés et le groupe s’est peu à peu monté. « Au début, on était quatre, maintenant, on est dix », explique-t-il. « Nous sommes nés au sud de Saint-Etienne à la frontière de l’Occitanie venant d’un milieu ouvrier ou paysan. Nous voulions parler de là d’où nous venions et défendre l’idée de classes sociales. » Parmi les membres des Mécanos dont la moyenne d’âge avoisine la trentaine, peu étaient musiciens à la base, certains étaient boulanger, menuisier ou employé à La Poste. Beau parcourt, ils sont tous devenus depuis quatre ans professionnels, intermittents du spectacle.

Des voix puissantes
Pour célébrer la mémoire ouvrière comme les luttes actuelles, ils réaménagent les chants traditionnels comme « Les Canuts » d’Aristide Bruant et en inventent d’autres qu’ils chantent en français et en occitan. « Deman matin me levarai pas/Me’n anirai pas trabalhar » (« Demain matin je ne me lèverai pas/Je ne m’en irai pas travailler »). « Avec le titre « Demain matin », on a imaginé la réaction des ouvriers de la manufacture d’armes fraîchement installée au lendemain de la fusillade du Brûlé en 1869, encore présente dans la mémoire des Stéphanois, explique Sylvère Décot. Face à cette répression de la grève des mineurs de La Ricamarie qui a fait 14 morts, on les a imaginés refusant de fabriquer des munitions qui servaient à tuer leurs confrères ».
« Vènon coma lo tronaire que baronta/Dins lo boès tot es pasmens tant tranquile » (« Ils viennent comme le tonnerre qui gronde/Dans le bois tout est pourtant si tranquille »). Avec « Tronaire » (« le tonnerre »), leurs voix s’élèvent contre la déforestation qui sévit un peu partout et notamment dans le Massif central. « Et le monde subit les décisions des riches et leur soif de profit ».
Les Mécanos sont aussi un peu métallos. Outre les éléments classiques de batterie, ils fabriquent de nouveaux instruments faits de clés, de bidons ou de pots d’échappement. Leurs voix savamment mêlées sont rythmées par des trouvailles de percussions, ce qui inscrit leur polyphonie dans la modernité et la rend joyeuse et dansante même si les sujets sont graves.

Crédit : Komyfo Studio

Crédit : Komyfo Studio

Des projets à foison
Dès le départ, le groupe s’est frotté au réel en allant dans les prisons, les écoles ou les maisons de retraite où les aînés ont partagé leurs souvenirs. Des rencontres qui nourrissent leur répertoire et leur réflexion. Sylvère se souvient ainsi d’une Ardéchoise qui racontait ne pas oser parler « patois » tellement il paraissait « pouilleux »…
En 2023, les Mécanos ont participé à un projet sur la mémoire industrielle locale, à Chazelles-sur-Lyon et Feurs (42). Tels des ethnologues, ils ont mené l’enquête auprès des musées et des médiathèques pour élaborer des chansons qu’ils ont travaillées avec les élèves de deux collèges pour créer un spectacle sur place. Maintenant, les voilà embarqués pour deux ans sur un projet à Givors (69) où fut implantée l’usine Fives-Lille qui fabriqua des charpentes métalliques ou le moteur des avions Hispano-. Ils récolteront les témoignages des anciens ouvriers sur leurs grèves et leurs métiers. L’occasion de créer un livret sonore, des podcasts et un concert spectacle.
Comme on dit en occitan : Boulégan !

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