Marc Riboud ou les périples d’un photo-voyageur

Publié le par Amelie Meffre

Passe de Khyber - Afghanistan 1956 © Fonds Marc Riboud au MNAAG //

Passe de Khyber - Afghanistan 1956 © Fonds Marc Riboud au MNAAG //

La rétrospective consacrée au grand photographe Marc Riboud au musée Guimet jusqu’au 6 septembre nous invite à un incroyable voyage de plus de cinquante ans autour du monde. À ne pas manquer !

Alors que Marc Riboud (1923-2016) a légué l’ensemble de son œuvre – plus de 50 000 photographies ! - au Musée national des arts asiatiques Guimet, ce dernier lui consacre une grande rétrospective suivant un parcours chronologique. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, après avoir combattu à vingt ans dans le maquis du Vercors, Marc Riboud décide d’être photographe plutôt qu’ingénieur dans une usine de Villeurbanne. Le Lyonnais monte à Paris en 1952 où il immortalise les promeneurs des quais de Seine, les enfants des bidonvilles ou la campagne de l’abbé Pierre pour les sans-abris. En 1953, il réalise son fameux cliché du « Peintre de la tour Eiffel », en équilibre sur une poutrelle, qui sera publié dans le magazine « Life ». Il entre alors chez Magnum, coopérative photographique fondée en 1947 notamment par Henri Cartier-Bresson, Robert Capa et George Rodger. Envoyé l’année suivante en reportage en Angleterre, il photographie les dockers en grève, les quartiers pauvres de Leeds ou Churchill, lors d’une réunion du parti conservateur. Photo-voyageur plutôt que reporter, il décide ensuite de sillonner l’Orient suivant ses envies. Comme le confie sa femme, Catherine Riboud Chaine : « Marc était d’une indépendance farouche. Il a toujours préféré choisir ses voyages plutôt que de répondre à une demande d’un magazine ».

Le peintre de la tour Eiffel - Paris 1953 © Fonds Marc Riboud au MNAAG

Le peintre de la tour Eiffel - Paris 1953 © Fonds Marc Riboud au MNAAG

L’appel de l’Orient
En 1955, Marc Riboud entame un périple de trois ans sur les routes d’Asie et va jusqu’à refuser les commandes pour être libre de son itinéraire. Il démarre par la Turquie où il photographie les enfants jouant sur les hauteurs d’Ankara, les travailleurs d’une centrale hydraulique ou les paysages d’Anatolie. Il poursuit son chemin vers l’Iran, le Pakistan, l’Inde où il séjourne un an en côtoyant Satyajit Ray et Ravi Shankar. Puis, ayant obtenu un visa pour la Chine, il y passe plusieurs mois. Foule à Shanghai où la casquette Mao est de rigueur, ouvriers et ingénieurs dans la grande aciérie de Anshan, cours du soir pour les paysans, les clichés à hauteur d’hommes témoignent d’un pays qui se transforme et qu’il arpentera régulièrement durant cinquante ans. En 1958, il clôt son voyage au Japon, un pays peu visité par les Européens depuis la fin de la guerre du Pacifique. Il y photographie principalement les femmes de Tokyo dont il tirera un livre publié au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Puis il part en Alaska qu’il traverse en plein hiver…

Rue Liulichang - Chine 1965 © Fonds Marc Riboud au MNAAG

Rue Liulichang - Chine 1965 © Fonds Marc Riboud au MNAAG

Au cœur des indépendances
Marc Riboud déclarait : « La photographie ne peut pas changer le monde, mais le montrer quand il change ». Il s’y emploiera avec brio quand il partira dans les pays accédant à l’indépendance dès 1960 : le Ghana, la Guinée et le Nigéria, anciennes colonies britanniques, puis l’Algérie en 1962 montrant la joie de la jeunesse enfin libre. Il ira aussi à Cuba où il rencontre Fidel Castro que Jean Daniel interviewe. Aux États-Unis, il couvrira les manifestations contre la guerre du Vietnam et réalisera une des photographies parmi les plus célèbres de l’histoire du photo reportage : « La Jeune Fille à la fleur ». Un jour d’octobre 1967 à Washington, une jeune manifestante, fleur à la main, s’avance vers des soldats en armes.
L’exposition se poursuit avec ses reportages au Vietnam où l’on découvre la ville de Hué dévastée mais aussi des scènes de la vie quotidienne avec des jeunes écoutant la radio en souriant sur un marché de Saïgon… Plus attiré par « la beauté du monde que par la violence et les monstres » comme il le déclarait, il photographie peu les horreurs de la guerre. Lors de ses voyages au Cambodge et au Bangladesh, les massacres ne sont pas montrés mais se devinent dans les regards des habitants. Le parcours se termine par ses derniers clichés de la Chine qui s’urbanise et s’ouvre à la société de consommation mais aussi ses photos des cimes perdues dans les brumes des monts Huang Shan.
Au final, la rétrospective est un ravissement, à la hauteur du talent de ce grand photographe qui nous fait voyager dans le temps et tout autour de la planète au plus près des humains qui la peuplent.

« Marc Riboud. Histoires possibles » jusqu’au 6 septembre 2021, au  Musée national des arts asiatiques Guimet, 6, place d’Iéna, 75016 Paris.

Article paru dans "Vie nouvelle", juillet-août 2021.

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